<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/"
	
	>

<channel>
	<title>Galadriel Avon</title>
	<link>https://galadrielavon.com</link>
	<description>Galadriel Avon</description>
	<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 14:43:53 +0000</pubDate>
	<generator>https://galadrielavon.com</generator>
	<language>en</language>
	
		
	<item>
		<title>Galadriel Avon</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/Galadriel-Avon</link>

		<pubDate>Fri, 13 Jan 2023 07:24:59 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/Galadriel-Avon</guid>

		<description></description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/37896628</link>

		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 14:43:53 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/37896628</guid>

		<description>&#60;img width="5616" height="3744" width_o="5616" height_o="3744" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/07ce91809069cb6363f63d4524661093270f4d17022ac557416504c53b31566e/2-Salissures_2023_photo_n_rajotte_MG_6374.jpg" data-mid="239370651" border="0" data-scale="60" alt="Salissures, 2023, Occurrence; Pierre Bourgault, L'Ansillon, 2023, Anne-Marie Proulx avec la coll. de Gentiane La France, Vents, 2023 et Pierre Bourgault, 3 &#38;eacute;l&#38;eacute;ments de la s&#38;eacute;rie Les Grands grands dessins (St. Peters, Nouvelle-&#38;Eacute;cosse, d'apr&#38;egrave;s Vito Dumas), 2005-07. &#38;copy; Normand Rajotte." data-caption="Salissures, 2023, Occurrence; Pierre Bourgault, L'Ansillon, 2023, Anne-Marie Proulx avec la coll. de Gentiane La France, Vents, 2023 et Pierre Bourgault, 3 éléments de la série Les Grands grands dessins (St. Peters, Nouvelle-Écosse, d'après Vito Dumas), 2005-07. © Normand Rajotte." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/07ce91809069cb6363f63d4524661093270f4d17022ac557416504c53b31566e/2-Salissures_2023_photo_n_rajotte_MG_6374.jpg" /&#62;

	
	Pierre Bourgault aussi poétique que critique à OccurrenceLe Devoir &#124; 2023
&#38;gt;&#38;nbsp;lire sur la plateforme originale.
	
Une exposition née d’un geste d’amitié : voilà ce à quoi nous convie la proposition inédite de Salissures, actuellement présentée à la galerie Occurrence. L’artiste Pierre Bourgault, qui a reçu le prix Paul-Émile Borduas en 2020 et le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques en 2022, y est accompagné de quatre acolytes avec qui il a entretenu une collaboration étroite. Ensemble, ils sont ici à la fois artistes et commissaires. En croisant leurs regards, ils articulent un projet où la conversation et la complicité sont saillantes.

Une approche introspective plutôt que rétrospective

L’invitation de Lili Michaud, directrice d’Occurrence, lancée à Pierre Bourgault, est à l’origine d’une exposition sensible et intelligente. Dernièrement, la galerie innove par une programmation qui donne à des artistes qui ont marqué l’histoire de l’espace une seconde occasion d’exposer, créant ainsi une continuité avec le passé. Cette proposition constitue une bougie d’allumage pour l’artiste : d’abord incertain de vouloir se plonger dans un projet carte blanche comme celui-là, il finit par s’y abandonner et par embrasser un processus de création à cinq.

L’exposition se ficelle doucement, au gré des marées et des discussions entre collègues artistes qui, pour la plupart, prennent vie dans l’atelier de Pierre à Saint-Jean-Port-Joli. « Tout ça s’est passé de façon très organique, par la force des choses. Il était question qu’Anne-Marie [Proulx] et moi soyons dans le coup, et Pierre [Bourgault] reparlait toujours de Marie-Ève [Charron] et de Gwenaël [Bélanger], de leur projet en parallèle…&#38;nbsp;», lance l’autrice Gentiane La France.

Près du fleuve, l’espace de création de Pierre Bourgault est un lieu de rencontres parfois fortuites, parfois organisées. S’ils ne sont pas souvent les cinq à y être, ils y passent tour à tour, façonnant naturellement le projet autour de la poésie et du territoire, des questions qui les lient tous. « Tous ces allers-retours entre l’atelier et le territoire nourrissent le travail de Pierre, mais aussi sa vie. […] C’est ce qui est fascinant avec Pierre&#38;nbsp;: il est connu pour ses oeuvres, mais aussi pour ce qu’il est&#38;nbsp;», expliquent ensemble Anne-Marie Proulx et Gentiane La France, qui offrent, dans la première salle de l’exposition, un regard sur une vie entière passée auprès des éléments naturels. L’Ansillon de l’artiste trône dans l’espace. Grandiose, la sculpture immersive à mi-chemin entre le bateau et l’habitacle invite le public à y naviguer un temps, porté par les images de Proulx qui semblent disperser un vent du fleuve, révélant non loin les trajets des épopées de navigation de Bourgault. Les mots de La France nouent l’ensemble : «&#38;nbsp;Le corps, aspiré, pénètre au gré du vent et s’encastre dans l’entrepont solitaire […]. Rasant les horizons, il fait gonfler les voiles et les coeurs.&#38;nbsp;»L’installation crée un passage menant à la seconde salle de l’exposition, là où Gwenaël Bélanger et Marie-Ève Charron rencontrent Pierre sous un autre jour. Le projet était déjà sur les rails depuis quelque temps : il met à l’honneur les chiennes de travail brodées de l’artiste qui, enfouies sous d’autres oeuvres, ont jadis capté l’attention de Marie-Ève Charron à l’atelier. Gwenaël Bélanger, alors en résidence à Est-Nord-Est, un lieu d’émulsion créative fondé par Pierre Bourgault à Saint-Jean-Port-Joli, était venue les photographier, alors qu’elles étaient portées par l’artiste. À Occurrence, cette série refait surface, accompagnée des textes de Marie-Ève Charron, qui brossent un portrait clair des postures multiples adoptées par Bourgault dans sa pratique. À la frontière de la critique sociale et de la poésie, les chiennes arborent des extraits du cru de l’artiste. Elles figurent, empilées, aux côtés d’une sélection de miniatures issues de la tradition port-jolienne de sculpture sur bois, tout droit sorties de la collection de Bourgault. Art contemporain et artisanat se croisent et révèlent l’importance, pour l’artiste, de montrer «&#38;nbsp;toutes ces choses valables qui se font dans [s]on coin de pays&#38;nbsp;», tout en soulignant les éléments de rupture qui existent entre celles-ci et son travail.


L’humilité dans la création

Le projet se porte à la rencontre des couches concentriques qui alimentent la figure d’artiste navigateur de Pierre Bourgault. La collaboration des cinq, horizontale, réinvente toutefois la façon habituelle de concevoir et de produire une exposition. « Je pense qu’on a eu le goût de braquer notre regard sur la pratique de Pierre, mais aussi de provoquer quelque chose dans nos propres pratiques, de faire quelque chose d’inhabituel et de redéfinir les rôles en plongeant dans une nouvelle générosité.&#38;nbsp;», suggère Gwenaël Bélanger.

Bourgault renchérit : «&#38;nbsp;Ça parle de la mer, ça parle de critiques, ça parle de concepts&#38;nbsp;;&#38;nbsp;ces choses-là n’ont pas le même sens une fois mis ensemble comme ça. Chaque personne a eu un impact théorique sur ce qui est proposé. Ça parle de ma vie, de mon travail, mais je me suis obstiné, je ne voulais pas que ce soit juste moi, je voulais qu’on voie l’impact du partage dans l’expo.&#38;nbsp;» Le lien d’affection entre les collaborateurs a permis une atmosphère de cocréation. En résulte une exposition forte et introspective, nourrie par la poésie et un maillage des univers de chacun.


Salissures
De Pierre Bougault, avec Gwenaël Bélanger, Marie-Ève Charron, Gentiane La France et Anne-Marie Proulx. À Occurrence, à Montréal, du 10 novembre au 16 décembre 2023.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/34280555</link>

		<pubDate>Tue, 03 Oct 2023 22:51:37 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/34280555</guid>

		<description>&#60;img width="3600" height="2400" width_o="3600" height_o="2400" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/c6bebb352bbb895d63fe5fff671c0f11cbe540e33ea21f1670cae0958b6d43e6/2023-05-12-Foreman-Dans-laAil-du-bAluga-51.jpg" data-mid="192640269" border="0" data-scale="60" alt="Vue d&#38;rsquo;installation de l'exposition &#38;laquo; Dans l&#38;rsquo;oeil du b&#38;eacute;luga &#38;raquo; de Maryse Goudreau (comm. No&#38;eacute;mie Fortin), Galerie d&#38;rsquo;art Foreman, 2023. &#38;copy; Jean-Michel Naud." data-caption="Vue d’installation de l'exposition « Dans l’oeil du béluga » de Maryse Goudreau (comm. Noémie Fortin), Galerie d’art Foreman, 2023. © Jean-Michel Naud." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/c6bebb352bbb895d63fe5fff671c0f11cbe540e33ea21f1670cae0958b6d43e6/2023-05-12-Foreman-Dans-laAil-du-bAluga-51.jpg" /&#62;

	
	« Dans l’œil du béluga » : observer le vivant pour réenchanter le mondeLe Devoir &#124; 2023
&#38;gt;&#38;nbsp;lire sur la plateforme originale.
	
À la galerie d’art Foreman, lieu d’exposition sherbrookois affilié à l’Université Bishop’s, un public jeune et varié s’immerge depuis le 29 avril dernier dans un monde particulier. Plongée dans Dans l’œil du béluga, une proposition signée Maryse Goudreau et Noémie Fortin.

Remontant les années jusqu’à sa jeunesse, l’artiste gaspésienne Maryse Goudreau se souvient que son amour du béluga a toujours été vif. C’est que la disparition possible du mammifère, qui menace l’espèce depuis déjà quelques décennies, avive des sensibilités fortes chez elle ;&#38;nbsp;constatant l’inaction politique vis-à-vis de la pollution qui afflige nos océans, elle éprouve un vertige quant à l’idée qu’un être vivant puisse subitement disparaître du continuum de l’histoire biologique et terrestre.

Commissaire indépendante et anciennement conservatrice à l’éducation à Foreman, Noémie Fortin a découvert le travail de Goudreau au Symposium de Baie-Saint-Paul en 2017 et a instantanément été touchée par son univers. Alors accompagnée de sa jeune fille Alix, elle voit en ses œuvres puissantes une capacité à émouvoir un large public, ses thématiques frôlant une certaine universalité.

Enfin invitée par Fortin, en 2021, à imaginer une exposition pour le jeune public, Goudreau se replonge tranquillement dans le patrimoine de son enfance. « Quand j’étais petite, la situation des bélugas m’attristait beaucoup, et j’avais une affiche dans ma chambre sur laquelle on pouvait lire le slogan “Leur avenir… C’est surtout le nôtre” », dit celle dont la pratique, nécessairement, appelle à la conscience écologique. À l’idée d’une première expo jeunesse, l’artiste devient rapidement submergée par une envie insatiable d’explorer autrement cette charge émotive qui la lie depuis toujours à la bête aquatique.

Un espace grouillant d’imaginaires

Les deux s’allient pour métamorphoser l’enceinte de la galerie Foreman. Accueillant les visiteurs, l’œuvre La permission propose d’abord un temps d’arrêt. Cette photographie frontale d’un œil de béluga, très intime, relate un moment d’intensité vécu entre Maryse Goudreau et l’un des mammifères observés dans un aquarium américain. Leur regard soutenu, d’une durée de plus de deux heures, est l’une des nombreuses expériences transformatrices que l’artiste a vécues avec ces animaux. Dans la galerie, une chaîne de bouées disposées au sol permet de consigner les chaussures des visiteurs incités à déambuler pieds nus, le béluga veillant sur elles le temps d’une promenade enracinée.

« Ça sent le mammifère marin quand on entre dans cette expo-là&#38;nbsp;!&#38;nbsp;» dit l’artiste, qui a, entre autres, réparti dans l’espace de la galerie des peaux de phoque qui invitent au toucher et engagent le contact avec la matière. Cette «&#38;nbsp;archive du béluga&#38;nbsp;», qui caractérise sa pratique depuis plusieurs années, se déploie ici magistralement&#38;nbsp;: Goudreau regagne une posture d’enfant et imagine de nouvelles manières d’envelopper la visite du jeune public, multipliant les approches innovantes qui croisent photographie, vidéographie, travail sonore et installation.

Par plusieurs dispositifs, elle y raconte entre autres l’histoire de Népi, un jeune béluga coincé dans la rivière Népisiguit, qu’elle a veillé quatre jours durant, juchée sur une roche le surplombant, toujours à se demander s’il survivrait. À Foreman, le récit se revit : la civière qui a servi au sauvetage de l’animal, agrandie de peaux, est déposée sur un lit d’eau et permet aux enfants de rejouer la traversée du béluga rescapé. Un livret accompagnant l’expo, intitulé Ma nuit au creux d’une nageoire, raconte cette histoire sensible, une autre manière pour l’artiste de se lier aux enfants et de leur offrir un espace pour développer une pensée autonome et critique sur tous ces enjeux qui touchent l’environnement et ses habitants.

Une approche éducative

Outre les propositions interactives qui caractérisent l’exposition, la trame narrative du projet, où cohabitent les thèmes de l’extinction et de la « maternance&#38;nbsp;»﻿ — «&#38;nbsp;le fait de prendre soin d’un enfant, ou plus largement de tous les êtres vivants, à la manière d’une mère, dans une relation de proximité fondée sur la bienveillance et l’empathie&#38;nbsp;», selon l’artiste et la commissaire —, incite à mieux tracer nos rapports aux autres vivants. Le montage imaginé crée l’ancrage et déjoue l’écoanxiété. «&#38;nbsp;On est ici dans le plus simple de la sensibilité&#38;nbsp;;&#38;nbsp;le béluga est en soi une créature de réenchantement, on n’a pas besoin d’en faire beaucoup pour que sa beauté et sa grandeur jaillissent&#38;nbsp;», décrit Goudreau.

Du côté de Fortin, il lui apparaît essentiel de mijoter de plus en plus d’expositions pour le jeune public. « Développer tout un scénario de visite avec les enfants, proposer une activité de création à la toute fin, comme dans ce cas inviter les enfants à modeler un vivant duquel ils veulent prendre soin, tout ça implique de réfléchir à l’importance des postures de réception, de médiation, de circulation et de construction des récits d’expositions.&#38;nbsp;»

Cette invitation à écouter le vivant et à nous déposer dans nos propres sentiments, à nous plonger dans l’œil du béluga, permet ainsi d’envisager les moments où, ensemble, nous referons surface.


Dans l’œil du béluga
De Maryse Goudreau (comm. Noémie Fortin), à la Galerie Foreman, jusqu’au 22 juillet 2023.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/29680785</link>

		<pubDate>Sun, 15 Jan 2023 04:49:32 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/29680785</guid>

		<description>&#60;img width="5184" height="3456" width_o="5184" height_o="3456" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/7e49d430f8d91979f17cb37f8be1ccceaeb401792cfe834a31fe5e1c3720a7eb/Vernissage_paperholic_5.jpg" data-mid="164744830" border="0" data-scale="60" alt="Clara Cousineau - Objectifier l'&#38;eacute;criture au vernissage, 2022. &#38;copy; La Guilde." data-caption="Clara Cousineau - Objectifier l'écriture au vernissage, 2022. © La Guilde." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/7e49d430f8d91979f17cb37f8be1ccceaeb401792cfe834a31fe5e1c3720a7eb/Vernissage_paperholic_5.jpg" /&#62;
	
	« PAPERHOLIC » : dépliages exploratoires de la matièreLe Devoir &#124; 2022
&#38;gt;&#38;nbsp;lire sur la plateforme originale.
	
L’intérêt pour la matérialité du papier est grandissant depuis quelques années. Si la foire Papier, qui se tiendra du 26 au 28 août, est déjà bien connue, le projet PAPERHOLIC : Obsession papier, monté à La Guilde et présenté jusqu’au 11 septembre, observe finement la complexité de cette matière et vaut le détour.

L’exposition collective, qui réunit onze pratiques artistiques, pensée par la commissaire Geneviève Duval et produite par l’organisme Terres en vue, se veut un espace de réflexion et d’exploration autour du papier.&#38;nbsp;Comme bien d’autres, l’artiste Sébastien Gaudette, qui en fait partie, voit une occasion féconde dans la rencontre de ces démarches, « qui portent une même fascination, mais qui travaillent la matière différemment&#38;nbsp;». Celles-ci rendent compte du génie créatif et du potentiel novateur des artistes, pour la plupart autodidactes.
La dimension cachée du papier

À l’instar de la foire Papier, l’expo se veut accessible à tous avec ses propositions formelles et conceptuelles reconsidérant cette matière familière. « Tout le monde utilise le papier. C’est un élément commun. Mais le penser autrement, le sortir des appréhensions habituelles, c’est ce qui m’intéresse le plus&#38;nbsp;», dit M.&#38;nbsp;Gaudette, qui souligne une préoccupation généralisée chez les artistes de l’exposition.

Sébastien Gaudette, fasciné par le symbole de la feuille mobile, propose une série de dessins et de sculptures qui reprennent son format. Les pages gribouillées et chiffonnées qu’il y met en scène sont reproduites en trompe-l’œil, donnant au papier une nouvelle matérialité. « Travailler la pérennité du matériau, jouer avec l’image de la feuille froissée par différents moyens pour que celle-ci, contrairement aux attentes, n’atterrisse pas à la récupération, mais plutôt dans un contexte d’exposition, et donc de mise en valeur, est quelque chose de récurrent dans ma pratique », révèle-t-il.

Les insertions textuelles au cœur de ses œuvres — « l’art de composer sans réfléchir », « in my practice, I don’t take the end result into consideration », « page blanche » — forment un commentaire sur la valeur accordée aux espaces d’essais et d’erreurs dans le rituel créatif. « Essayer de reproduire des imperfections, des éclaboussures, est devenu pour moi une manière de montrer le processus, explique l’artiste. On commence tous par une ébauche. Jouer avec la notion d’erreur, d’irrégularité, me permet d’explorer la relation entre le contrôle et le non-contrôle&#38;nbsp;que j’ai sur la matière. »&#38;nbsp;Car si l’artiste ne peut dompter le papier lorsqu’il le froisse, sa reproduction à l’identique des plis et textures que ce geste crée lui en donne une pleine maîtrise en retour. Mise en abyme, la feuille est chez Gaudette montrée dans tous ses états.

D’autres récits surgissent chez Clara Cousineau, qui reprend aussi ce motif. Son installation Objectifier l’écriture regroupe au mur de minces tablettes horizontales aux rebords bleus, parcourues de fils rouges transversaux et chargées d’une collection d’objets peints en noir. Ceux-ci cryptent l’alphabet et composent un poème hiéroglyphique à résoudre sur cette « feuille mobile » grandeur nature. « Lire est pour la plupart des Occidentaux un processus intellectuel internalisé, assimilé. Les mécanismes qui sont enclenchés lors de cette activité nous sont invisibles. En créant cette œuvre, j’ai voulu intervertir certains codes matériels et conceptuels propres à l’écriture afin de régénérer la simple expérience de la lecture », dit celle qui interroge habilement le langage et sa manière de faire autorité. « Paradoxalement, ce sont ici les objets qui nomment les mots et non les mots qui nomment les objets. À mon sens, cette nouvelle graphie est représentative de l’époque dans laquelle nous vivons : une ère d’abondance matérielle. »

Clara Cousineau génère un imaginaire contemporain où les fonctions naturelles des choses sont floutées, altérées, transformées. Elle propose une réflexion oblique sur la charge de l’écrit tout comme sur la valeur de l’objet dans nos rapports au monde : «&#38;nbsp;J’aime penser que les objets qui nous entourent peuvent s’assembler en une suite logique afin de former un discours-miroir qui expose certaines réalités humaines&#38;nbsp;», dit-elle, soulignant en somme son désir d’explorer les conventions et les rites de socialisation qui transitent par le papier.

Monumentalités et gestuelles

Intéressés par la formalité du papier, d’autres artistes proposent une exploration de ses possibilités matérielles. C’est le cas de Marie-José Gustave qui, en l’abordant par les techniques du tissage et du tressage, crée du monumental à partir de gestes étroits et fins qui laissent toute la place à la matière.&#38;nbsp;« Le papier me fascine par sa grande polyvalence. Je suis en perpétuelle découverte des formes que je peux lui donner&#38;nbsp;», souligne celle qui travaille les dérivés de ce matériau — carton, fil et pulpe de papier. Hypnotic et Coraux, ses constructions présentées dans l’expo, révèlent des textures insoupçonnées par les formes organiques, mouvantes et séduisantes qu’elles adoptent. Celles-ci naissent d’un geste en perpétuel renouvellement : la démarche de Gustave constitue un pôle d’expérimentations manuelles dictées par le papier et ses attributs particuliers. Elle oscille ainsi entre matière et gestualité.

L’artiste en vient à s’interroger sur l’étonnement que suscitent désormais les pratiques artisanales dans nos sociétés industrialisées. « Mes œuvres parlent de transmission et d’universalité : c’est mon point de rencontre avec d’autres cultures que la mienne, avec des gens qui ont fait les gestes que je perpétue à mon tour. C’est une forme de langage », explique celle qui mise sur le contact de ses œuvres avec autrui pour leur donner un sens, sa pratique créant du maillage à plusieurs niveaux.&#38;nbsp;

Gustave pense le papier en dehors de sa surface plane, chose commune chez les artistes de l’exposition. À partir d’un matériau basique et de gestes tout aussi rudimentaires — pliage, découpage, collage, assemblage — apparaissent, dans PAPERHOLIC : Obsession papier, de nouvelles manières de penser nos rapports à la matière. Celle-ci devient véhicule d’affects : les artistes, en la manipulant, la sacralisent et la campent dans des récits différents. Le projet nous pousse en outre à sonder la valeur des choses inanimées qui nous entourent, un fil conducteur à suivre prochainement à la foire Papier.


PAPERHOLIC: Obsession papier
D’Andréanne Bouchard, Clara Cousineau, Karine Demers, Sébastien Gaudette, Marie-JoséGustave, Pauline Loctin, Alexia McKindsey, Stéphanie Morissette, Christine Sioui Wawanoloath, Erin Vincent et Ute Wolf. À La Guilde, jusqu’au 11 septembre 2022.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/34280754</link>

		<pubDate>Tue, 03 Oct 2023 23:13:57 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/34280754</guid>

		<description>&#60;img width="1497" height="998" width_o="1497" height_o="998" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/ea8d975116135c3874699f11b1d6e97152f15e24a6fbe66d23922404c9f45688/HR_Rendez-vous_des_disparitions_2023_Fred_Cote_72.jpg" data-mid="198002417" border="0" data-scale="60" alt="Vue de l'exposition &#38;laquo; Rendez-vous des disparitions &#38;raquo;, de Guillaume Adjutor Provost (en conversation avec Jean Lauzon), &#38;agrave; DRAC art actuel, 2023. &#38;copy; Fred C&#38;ocirc;t&#38;eacute;. " data-caption="Vue de l'exposition « Rendez-vous des disparitions », de Guillaume Adjutor Provost (en conversation avec Jean Lauzon), à DRAC art actuel, 2023. © Fred Côté. " src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/ea8d975116135c3874699f11b1d6e97152f15e24a6fbe66d23922404c9f45688/HR_Rendez-vous_des_disparitions_2023_Fred_Cote_72.jpg" /&#62;
	
	« Rendez-vous des disparitions » : retour dans le passéLe Devoir &#124; 2023
&#38;gt; lire sur la plateforme originale.
	
L’artiste interdisciplinaire Guillaume Adjutor Provost aborde la contre-culture, le récit alternatif et la contre-histoire comme des modes de narration de la marge. Sa posture épouse celle de la recherche-création et s’intéresse à des articulations politiques historiques qui rendent poreuses les frontières entre l’intime et le collectif. À Drummondville, au centre DRAC art actuel, son exposition Rendez-vous des disparitions se penche sur un événement phare de la trame (inter)nationale récente : le Sommet des Amériques, tenu à Québec en 2001, dont les manifestations et les arrestations qui en ont découlé ont catalysé le discours de luttes sociales trouvant encore leur place dans le paysage actuel.
Les archives de la galerie d’art Desjardins

Alors que DRAC art actuel s’est récemment ajouté à la liste des lieux de diffusion québécois agréés comme musées, la genèse de l’exposition renvoie à un chapitre précédent de son histoire, où il portait encore le nom de galerie d’art Desjardins. Provost raconte que le projet s’est d’abord construit autour de son expérience en tant que public là-bas. « Quand on entre à DRAC, on sent tout le travail qui a été fait pour renouveler le mandat et l’identité du lieu. Je projetais d’y exposer, et pour provoquer un dialogue avec l’espace, je me suis intéressé à ses archives qui contiennent plus de quarante ans de programmation. Je suis tombé sur le travail de Jean Lauzon, sur sa série Prendre le temps qui a documenté des rassemblements anarchistes organisés dans les Cantons-de-l’Est au tournant du millénaire et dont certaines photos ont été présentées à la galerie en 2001, au moment où se tenait tout près le Sommet… Ça m’a tout de suite touché, interpellé. »

Provost avait déjà rencontré l’œuvre documentaire de Lauzon auparavant. Si germait chez lui l’idée d’aborder le Sommet des Amériques puis de réfléchir à ses répercussions sociétales et humaines, tomber à nouveau sur l’œil sensible du photographe a instantanément eu du sens pour la suite de son projet.

« La série n’a pas été revisitée depuis 20&#38;nbsp;ans, faute d’avoir fait l’objet d’un livre ou d’une expo. Dans mon cas, je reste très ému par toute l’intimité qui se dégage de ces photos-là&#38;nbsp;: la grande proximité entre les sujets, mais aussi l’absence totale de la caméra, comme si le photographe avait directement eu accès, sans filtre, aux personnes devant lui&#38;nbsp;», dit l’artiste, qui remarque un clivage avec notre constant souci de représentation actuel. Pour lui, le corpus de Lauzon traduit l’authenticité des individus de cette marge punk dont les discours politiques ont avoisiné ceux des personnes sur la ligne de front lors du Sommet, qui contestaient l’idéal de mondialisation ambiant. Il ajoute, réfléchissant&#38;nbsp;: «&#38;nbsp;La distance historique informe toujours la manière dont on regarde ces récits qui appartiennent au passé. »

Esthétique dialogique

Sensible à l’avènement des discours altermondialistes et intéressé par ce qu’il en reste, l’artiste se propose de réaliser une exposition en conversation avec Jean Lauzon, comme un récit-courtepointe autour des transitions économiques du XXIe siècle et de leurs répercussions. Des centaines de sources s’accumulent au fil de sa conception — la recherche est méthodique, les visites à la BAnQ sont fréquentes. L’artiste étudie la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques), le sujet principal du Sommet, au moyen d’articles qui viennent corroborer l’un des motifs de contestations des manifestations : l’inaccessibilité initiale des textes discutés au sein du Sommet.

Sculptures documentaires, photographies du réel ;&#38;nbsp;la matérialité du travail de Provost est conceptuelle et il lui importe de jouer avec ses différents degrés de lecture. Par diverses stratégies, il invite le factuel dans ses expérimentations plastiques, façonne une sculpture reprenant la constitution moléculaire du gaz lacrymogène employé comme agent antiémeute lors du Sommet, simule sous un dôme de résine la maquette d’une prison ayant incarcéré plus de 300 manifestants lors de soulèvements. Ces modelages voisinent des bribes de journaux trouvées dans les archives nationales sur des socles bas. Les photographies de Lauzon, imprimées sur carton et pliées à la main pour leur donner une nouvelle lecture, ornent plutôt les murs.

« Au-delà de la question du politique, ce sont les questions de l’expérience individuelle et collective, des manières d’appartenir et de se représenter ou de s’identifier à soi ou à un groupe qui m’habitent&#38;nbsp;», dit l’artiste, qui cherche à témoigner, dans cette installation commissariée, d’une forme d’épreuve sensible vécue à l’aune de ses recherches. Par leur détournement et par la rencontre, il révèle, recontextualise et met en circulation des idées, laissant le public les aborder par une proximité nouvelle.


Rendez-vous des disparitions
De Guillaume Adjutor Provost, en conversation avec Jean Lauzon, à DRAC art actuel, jusqu’au 22 octobre 2023.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/29651727</link>

		<pubDate>Fri, 13 Jan 2023 07:25:00 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/29651727</guid>

		<description>&#60;img width="1500" height="1000" width_o="1500" height_o="1000" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/876b6d0577d7c62265e92031075080772a3904ff6f2a8c0bc9d1c8e490e09237/00C1EC45-A908-4136-A747-DCE3809F9AD0_1_201_a.jpeg" data-mid="198006695" border="0" data-scale="60" alt="Yannick De Serre, Linceuls, Dimensions variables. De 2004 &#38;agrave; maintenant (&#38;agrave; poursuivre jusqu&#38;rsquo;&#38;agrave; la fin de ma carri&#38;egrave;re d&#38;rsquo;infirmier). Papier Kozuke, monotype, corde, carton et mouchoirs brod&#38;eacute;s. &#38;copy; Jean-Michael Seminaro." data-caption="Yannick De Serre, Linceuls, Dimensions variables. De 2004 à maintenant (à poursuivre jusqu’à la fin de ma carrière d’infirmier). Papier Kozuke, monotype, corde, carton et mouchoirs brodés. © Jean-Michael Seminaro." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/876b6d0577d7c62265e92031075080772a3904ff6f2a8c0bc9d1c8e490e09237/00C1EC45-A908-4136-A747-DCE3809F9AD0_1_201_a.jpeg" /&#62;
	
	« Résilience et autres guérisons » : guérir et faire guérirLe Devoir &#124; 2022
&#38;gt; lire sur la plateforme originale.
	
Artiste et infirmier, Yannick De Serre est une figure singulière du milieu de l’art québécois. Sa pratique artistique est toujours teintée par les événements, parfois tragiques, qu’il vit au quotidien.&#38;nbsp;Dans Résilience et autres guérisons, l’exposition qu’il présente au centre d’art OBORO jusqu’au 10 décembre, l’artiste convoque les notions de présence et d’absence, de vie et de mort. « Dans ma pratique d’infirmier, on côtoie la mort assez régulièrement, et on n’est pas nécessairement outillé pour gérer nos traumatismes multiples. » Ses œuvres se présentent comme une extension des deuils auxquels doivent faire face les soignants.
Pour évacuer et guérir

De Serre approche sa démarche comme un lieu de guérison. Elle découle en effet d’une nécessité vitale de prendre le temps et de se retrouver. « Dans la salle d’urgence, on est dans l’aigu, dans l’inconfort. C’est un milieu de travail où le temps est manquant et absent. D’arriver à prendre un moment pour s’asseoir et se donner l’espace pour créer un rituel, c’est vraiment important.&#38;nbsp;»

Ce temps, hormis celui qu’il consacre aux échanges empreints de sensibilité qu’il essaie de multiplier avec ses patients, s’incarne dans l’attention injectée à ses projets de nature artistique. Par diverses méthodes, il cherche à transposer tous ces deuils qui l’accompagnent et à les apaiser. « La résilience est pour moi la capacité de passer à autre chose sans garder toutes les traces de ces traumatismes. » De Serre est sensibilisé aux expériences douloureuses de la perte humaine, mais n’est pas immunisé contre elles pour autant. Avec son vécu, il tâche de «&#38;nbsp;dire avec les bons et les vrais mots&#38;nbsp;» les traversées émotives qu’imposent ces épreuves, et «&#38;nbsp;de [les] inscrire, de [les] communiquer, d[’en] laisser des empreintes&#38;nbsp;».

« Après le premier décès auquel j’ai dû faire face, je cherchais un objet rituel ; puis je suis tombé sur un mouchoir de tissu, que j’ai acheté et laissé près de ma table d’atelier. Au fil du temps, il me servait à essuyer ma surface, mes plaques de gravure, mes mains, mes bavures d’encre. » Petit à petit, Yannick De Serre tisse par ce cycle un rapport intimiste avec les morts côtoyées. Chaque décès marqué par le choix d’un nouveau mouchoir, chaque mouchoir marqué par les nouvelles œuvres en travail. « C’est un témoin, un artefact d’atelier assez puissant.&#38;nbsp;»

Exposer le rituel

À OBORO, il présente de nombreux linceuls contenant ces tissus symboliques. « Ce projet-là prend son sens dans l’accumulation. Le fait qu’il soit présenté en mi-carrière est important&#38;nbsp;: ça confirme que le rituel fonctionne et offre une guérison avec le temps.&#38;nbsp;» Si ces mouchoirs canalisent chacun un décès particulier, De Serre les recense périodiquement. Chaque fin d’année, il prend un large papier japonais où il les recueille et les plie selon une gestuelle établie, puis paquette l’ensemble et l’étiquette avant de le consigner auprès des précédents.

Ce projet toujours en cours — « jusqu’à ce que je prenne ma retraite » — est le témoin de ses 17 dernières années de métier à l’urgence. Précise, la série de gestes qu’il effectue crée cet aspect rituel émouvant que l’on reconnaît à l’artiste-infirmier. Elle exhibe la recherche délicate qu’il conduit autour des affects. Dans la salle d’exposition, la série de linceuls s’adosse à un autel qui montre des tissus suturés et les outils d’un travail artistique et infirmier. Des œuvres imprimées montrant des bouquets funestes le surplombent, constituant un ultime hommage.

Conjuguer deux vies

La cohabitation des deux emplois de De Serre lui offre un éventail de matières, d’instruments, de sujets et de techniques qui croisent le milieu de l’art et le milieu hospitalier. « Pour moi, ça devient mes outils d’atelier. Un exacto est un scalpel, je coupe mon papier avec des ciseaux chirurgicaux, la pointe sèche que j’utilise pour mes gravures est une aiguille médicale.&#38;nbsp;» C’est là la force du travail de De Serre. Exprimant par l’art les motifs d’un métier exigeant et engageant, l’artiste fait exister une harmonie entre les soins intensifs et l’atelier qui culmine vers cette guérison espérée.

« Mon travail réside dans ces dualités entre le rough et le soft. Ça se manifeste entre autres par mes sutures, que je mets en avant pour inscrire des mots qui connotent et renforcent le propos de mes œuvres. C’est une façon pour moi de jouer avec la notion de cicatrice, de parler d’empreinte et de trace. » Son travail artistique, minimaliste, privilégie une sobriété esthétique et matérielle pour parler de sujets forts et durs. Partant de l’idée qu’avec peu, on est capable de déchiffrer beaucoup, De Serre propose dans chaque détail des indices importants pour le message de l’œuvre. Il produit en somme des projets sensibles et délicats qui contrebalancent le poids éprouvant des drames quotidiens vécus à l’hôpital.


Résilience et autres guérisons
De Yannick De Serre, à OBORO, jusqu’au 10 décembre 2022.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/30411039</link>

		<pubDate>Mon, 20 Feb 2023 17:15:26 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/30411039</guid>

		<description>&#60;img width="1500" height="1000" width_o="1500" height_o="1000" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/64b363bf635826edff30aeb18a724073fdc949d17944e769e1237bfcd2332651/04.jpg" data-mid="197999538" border="0" data-scale="60" alt="Joan Sullivan, La voix des glaces, 2023, Vaste et vague, Carleton-sur-mer. &#38;copy; Joan Sullivan." data-caption="Joan Sullivan, La voix des glaces, 2023, Vaste et vague, Carleton-sur-mer. © Joan Sullivan." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/64b363bf635826edff30aeb18a724073fdc949d17944e769e1237bfcd2332651/04.jpg" /&#62;
	
	Faire parler les glaces pour montrer que le climat s’effriteLe Devoir &#124; 2023
&#38;gt;&#38;nbsp;lire sur la plateforme originale.
	
Dès le 24 février, le centre d’artistes Vaste et Vague propose une exposition qui retrace l’effet des changements climatiques sur les glaces du fleuve, emboîtant ainsi le pas à d’autres lieux de diffusion de l’est du Québec qui font une place particulière aux questions environnementales dans leur programmation. Portrait d’une tendance en déploiement.

À Carleton-sur-Mer, Robin Servant et Joan Sullivan font plonger le public sous la banquise fluviale qui s’amenuise hiver après hiver. Ces artistes du Bas-Saint-Laurent sont sensibles aux effets déjà visibles des changements climatiques sur leur coin de pays. Ils nous invitent à ralentir, dans leur exposition installative, pour écouter la voix des glaces et entendre ce qu’elle a à nous dire.

Robin Servant est un artiste du son qui pratique le « field recording », soit la captation sonore d’environnements. Il a récemment découvert, grâce à l’utilisation des hydrophones, un nouveau monde de textures auditives qui permettent de révéler la vie qui s’agite dans les écosystèmes aquatiques. Dans La voix des glaces, il s’intéresse à ce qui se passe sous cette épaisse couche de gel — sa démarche artistique se heurtant aux effets qu’a la crise climatique sur le littoral. « C’est la première fois depuis 20 ans que les cabanes de pêche sont installées en février et non en janvier [entre Le Bic et Rimouski]. Une chance que j’ai fait mes&#38;nbsp;prises de son l’an passé, parce que ça aurait compliqué les choses. Cette année, il n’y avait tout simplement pas de banquise jusqu’à il y a trois ou quatre jours&#38;nbsp;», explique l’artiste multidisciplinaire.

« Sommes-nous aveugles à ces changements-là ? » C’est la question que se pose Joan Sullivan et qui l’amène à penser son projet photographique autrement. Pour l’exposition, l’artiste a collaboré avec Engramme, un centre spécialisé en estampe, afin d’embosser en braille ses photographies, superposant ainsi à ses images abstraites des extraits des rapports du GIEC. Son œuvre est constituée d’une vingtaine de photos dont la disposition, dans l’espace de diffusion, rappelle des icebergs flottants. Chaque image, suspendue, est rendue accessible à des personnes non voyantes autant qu’à des personnes de diverses tailles — une manière de rendre compte de l’universalité de cette crise. « Je veux que les gens plongent, qu’ils incarnent la glace qui disparaît. […] Ce n’est pas une expo standard; je voulais créer une atmosphère avec les audios de Robin, proposer aux gens l’expérience d’être sur la banquise, dans les vagues. »

Sans être dénonciateur ou militant, le projet met à profit des faits scientifiques bouleversants maniés avec sensibilité par les artistes, une façon pour eux d’arriver à toucher d’abord, et de sensibiliser ensuite. L’exposition propose une expérience plurisensorielle et s’inscrit dans un dialogue social plus large qui touche la communauté locale comme internationale.

Une tendance en déploiement

Les lieux de diffusion artistique de l’est du Québec sont nombreux à miser de plus en plus sur les enjeux environnementaux dans leur programmation. Ils témoignent ainsi de l’omniprésence de ces questions au sein de la communauté artistique.

Des projets récents comme Tryphon. Un cachalot du Saint-Laurent (Cynthia G. Renard, Musée régional de Rimouski), Histoires d’eaux (Isabelle Hayeur, Musée du Bas-Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup) et Écosystème(s) (Andrée Bélanger, Musée du Bas-Saint-Laurent) représentent bien l’éventail de propositions qui se rattachent à cette envie de montrer l’impact de l’humain sur son territoire.

La directrice du Festival international de jardins des Jardins de Métis, Ève De Garie-Lamanque, et le directeur général et artistique du centre d’artistes Caravansérail, Philippe Dumaine, font mention d’un élément propre aux régions de l’estuaire du Saint-Laurent: beaucoup d’occasions de collaboration avec les scientifiques se présentent aux artistes, en raison de la forte concentration de programmes universitaires en sciences du vivant et en sciences de la mer dans la région. Mme De Garie-Lamanque, commissaire de l’exposition&#38;nbsp;Tryphon, relate justement que l’artiste Cynthia G. Renard a pour ce projet eu accès aux données du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), ce qui lui a permis de retracer l’épopée de ce cachalot qui s’est échoué, empêtré dans des fils de pêche, à l’île Saint-Barnabé, près de Rimouski. « La question de la science est très vivante dans l’Est; de mettre en avant des propositions qui traitent de l’environnement contribue aussi à une meilleure diffusion des projets artistiques, parce qu’ils suscitent l’intérêt d’un plus large public&#38;nbsp;», dit celle qui a été conservatrice du Musée régional de Rimouski pendant 10 ans.

Véronique Drouin, codirectrice du Centre d’art de Kamouraska et membre du conseil d’administration de la Société des musées du Québec, croit que l’envie d’inclure ces enjeux est visible dans les programmations, mais aussi dans les pratiques muséales, qui tendent à être réévaluées à l’aune de leurs impacts environnementaux. « Même dans notre gouvernance et dans nos choix, les enjeux climatiques sont centraux. […] Il faut faire partie du discours: les projets que l’on présente et ce qui en émane sont importants. C’est un choix de direction artistique, mais aussi un choix de valeurs », mentionne-t-elle.

Oriane Asselin Van Coppenolle, conservatrice au Musée du Bas-Saint-Laurent, abonde dans le même sens. Cette dernière constate que « les musées sont très poreux aux enjeux actuels; [qu’]il y a une acceptation de ne plus essayer d’être neutre, de prendre position&#38;nbsp;». Tout comme Philippe Dumaine, elles observent que leurs expositions récentes tendent à faire reconnecter les gens avec la beauté de la nature pour proposer de nouvelles manières de l’habiter et de la protéger. Il s’agit d’un motif omniprésent, surtout du côté des artistes émergents, dans les dossiers reçus qui leur permettent de façonner leur programmation.&#38;nbsp;

Des échos ailleurs

Outre l’exposition La voix des glaces, deux autres projets captent l’attention. Le Musée de la Gaspésie met en lumière le corpus Péninsule de l’artiste Michel Huneault. Ses trente photographies sont autant de captations des berges bas-laurentiennes et gaspésiennes où, muni d’un niveau laser, il a marqué au (fer) rouge l’horizon des lieux qui se verront engloutis par la montée des eaux lorsque la Terre se réchauffera de 2 à 4°C. Au Musée régional de Rimouski, l’exposition itinérante Les maîtres du monde sont des&#38;nbsp;gens, de Clément de Gaulejac, offre une réflexion différente: c’est le versant beaucoup plus politique de la crise climatique qui y est mis en avant. L’artiste a réalisé une large tapisserie où ces « maîtres&#38;nbsp;» naviguent d’île en île, de yacht en yacht. Il convoque ainsi l’idée de la «&#38;nbsp;fin du monde&#38;nbsp;» et demande pourquoi celle de la Terre arrivera avant celle du capitalisme, constatant une inaction globale et systémique et la dépeignant ludiquement.

L’universalité de ces réflexions est bien le moteur qui les rend aussi populaires dans les programmations de l’est du Québec comme d’ailleurs: les artistes se tournent, par nécessité, vers ces enjeux pour penser la suite, allant même jusqu’à modifier les matières et techniques qu’ils utilisent afin de mieux rendre compte de leurs valeurs environnementales et de l’empreinte que leurs pratiques laissent sur la planète.


La voix des glaces
De Joan Sullivan et Robin Servant. À Vaste et Vague, 24 fév. - 31 mars 2023.

Péninsule
De Michel Huneault. Au Musée de la Gaspésie, jusqu’au 23 avril 2023.

Les maîtres du monde sont des gens
De Clément de Gaulejac. Au Musée régional de Rimouski, jusqu’au 28 mai 2023.


</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/32305430</link>

		<pubDate>Fri, 26 May 2023 01:36:33 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/32305430</guid>

		<description>&#60;img width="1590" height="1060" width_o="1590" height_o="1060" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/0389406184668735ed29d6c758195db413cd35057e851fe896d760502e73a2e8/911D43DD-AECC-4351-A60E-B7F1F4F32518_1_201_a.jpeg" data-mid="180499461" border="0" data-scale="60" alt="Vue de l&#38;rsquo;installation &#38;laquo;Can You Hear Me ?&#38;raquo; (M&#38;rsquo;entends-tu ?) de Nalini Malani, au Museu de Arte Contempor&#38;acirc;nea de Serralves, &#38;agrave; Porto, 2020. &#38;copy; Filipe Braga." data-caption="Vue de l’installation «Can You Hear Me ?» (M’entends-tu ?) de Nalini Malani, au Museu de Arte Contemporânea de Serralves, à Porto, 2020. © Filipe Braga." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/0389406184668735ed29d6c758195db413cd35057e851fe896d760502e73a2e8/911D43DD-AECC-4351-A60E-B7F1F4F32518_1_201_a.jpeg" /&#62;
	
	« Par-delà les frontières » : les luttes éprouvées et universelles de Nalini MalaniLe Devoir &#124; 2023
&#38;gt;&#38;nbsp;lire sur la plateforme originale.
	
Depuis le 23 février dernier, le public peut voir des œuvres de l’artiste indienne Nalini Malani au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), une première au Canada. Coup d’œil sur une exposition signée Mary-Dailey Desmarais.
Pionnière de l’art vidéo en Inde

Nalini Malani est connue aussi bien dans son pays d’origine qu’au sein de la communauté internationale pour son travail novateur. Ses expositions dans les grands lieux d’art des capitales occidentales, telles que New York, Londres et Paris, et de celles de l’Orient, telles que New Delhi, Tokyo, Istanbul et Mumbai, ont forgé la carte de visite de l’artiste née en 1946 à Karachi, qui cumule désormais plus de 50 ans de pratique.

Si ses présences à l’international façonnent son parcours depuis 1980, son exposition au MBAM est sa première en terres canadiennes. La conservatrice en chef et commissaire de l’exposition, Mary-Dailey Desmarais, suivait le travail de l’artiste et songeait depuis longtemps à diffuser ses projets à Montréal. « Sa pratique est certainement pertinente&#38;nbsp;: elle est engagée, mais aussi courageuse. Nalini Malani traite de sujets sociopolitiques actuels. Imaginer une présence de ses œuvres dans la métropole, où les communautés d’Asie du Sud sont nombreuses, mais où il y a aussi une forte culture de la vidéo, de l’animation et des médias numériques, était de toute évidence nécessaire et pertinent.&#38;nbsp;»

Trois œuvres résonantes

Au MBAM, Desmarais rassemble ainsi trois œuvres de Malani, dont deux ont été réalisées spécialement pour la métropole montréalaise.

Le Carré d’art contemporain, grande salle au rez-de-chaussée du musée, présente une installation vidéographique imposante dont la projection à neuf canaux tapisse trois de ses quatre murs. Can You Hear Me ? (M’entends-tu ?), la plus récente vidéo de l’artiste, est une animation constituée de 88 dessins qui ont été réalisés sur iPad, une méthode jusqu’alors inutilisée dans le travail de Malani. Immersive, son œuvre aborde le fléau des violences humaines — celles vécues en Inde tout comme d’autres qui sont universelles. L’accumulation frénétique des dessins et des sons grinçants diffusés dans l’espace révèle une forme de dystopie, où l’épuisement et la colère des femmes sont palpables.

La fresque City of Desires – Crossing Boundaries (Ville de désirs – Par-delà les frontières), qui occupe un carrefour du MBAM tout près du Carré, a été réalisée par les muralistes Iuliana Irimia et Cassandra Dickie, approchées par l’artiste pour ancrer le projet dans Montréal. Cette œuvre, comme la précédente, fait montre d’un langage visuel puissant, ses lignes enchevêtrées impliquant le public dans une lecture captivante de l’image. Le projet sera, à la fin de l’exposition, effacé à l’occasion d’une performance dirigée par l’artiste, un moyen de réfléchir aux politiques et aux poétiques de la mémoire collective.

Dans ces deux projets, la figure d’Alice aux pays des merveilles — cette fillette qui, entourée de magie, perd au gré du temps son innocence — est fréquente. S’y référer dans son travail pictural constitue une manière, pour Malani, de parler des systèmes de violences qui se perpétuent et privent la vie humaine d’une certaine candeur. Cette représentation enfantine est aussi, notamment dans Can You Hear Me ?, une allusion tacite au viol collectif d’une jeune Indienne, par huit hommes, dont la mort a profondément troublé l’artiste.

Ultime œuvre de l’exposition, Ballade d’une femme animera la toile numérique du musée, un lieu de projection extérieur occupant la façade du pavillon Michal et Renata Hornstein. L’artiste, qui a eu carte blanche pour la réalisation de sa proposition multimédia, fait revenir à la vie une femme assassinée qui s’évertue à effacer les traces de sa mort. Peu à peu, son pèlerinage participe à la protection de son agresseur, faisant émerger des questions sur les dynamiques parfois complexes qui naissent entre les victimes et leurs bourreaux. Projetée chaque jour, de la brunante à l’aube, jusqu’en août prochain, l’animation de cinq minutes jette un regard cru sur le poids précarisant qui repose sur les épaules des femmes.

Ainsi, les univers à la fois vibrants et denses des dessins animés de Malani reflètent l’état actuel du monde. L’artiste iconique devient la porte-voix des combats menés par les marginalisés, les ignorés et les oubliés, et en particulier de ceux des femmes.


Par-delà les frontières
De Nalini Malani, au MBAM, jusqu’au 20 août 2023.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/29666417</link>

		<pubDate>Sat, 14 Jan 2023 01:39:30 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/29666417</guid>

		<description>&#60;img width="2400" height="1600" width_o="2400" height_o="1600" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/00017259b607f2e7be502a42f6987702a1da189356901355149dd2cbbea502ea/C1CB6B3C-EE27-40CD-95B5-ABD4BE450366_1_201_a.jpeg" data-mid="180817077" border="0" data-scale="60" alt="&#38;Eacute;pinettes et mer, 2018. De la s&#38;eacute;rie &#38;laquo; Depuis le rivage &#38;raquo;, impression jet d&#38;rsquo;encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. &#38;copy; Dominique Rivard." data-caption="Épinettes et mer, 2018. De la série « Depuis le rivage », impression jet d’encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. © Dominique Rivard." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/00017259b607f2e7be502a42f6987702a1da189356901355149dd2cbbea502ea/C1CB6B3C-EE27-40CD-95B5-ABD4BE450366_1_201_a.jpeg" /&#62;
	le corps translucide de celle qui erre
Ex_situ &#124; 2022
&#38;gt; No. 28, Hivernité, p. 58-62.











&#60;img width="1637" height="2046" width_o="1637" height_o="2046" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/5a7284262598efff047538e4dbdeeb4b15997b832f177c9b2d3975bc45b55e95/02.jpg" data-mid="180817182" border="0" alt="Escarpement, 2020. De la s&#38;eacute;rie &#38;laquo; &#38;Ecirc;tre dans ce qui s'en va / Autoportraits / &#38;Eacute;claireuses &#38;raquo;, impression jet d&#38;rsquo;encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. &#38;copy; Dominique Rivard." data-caption="Escarpement, 2020. De la série « Être dans ce qui s'en va / Autoportraits / Éclaireuses », impression jet d’encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. © Dominique Rivard." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/5a7284262598efff047538e4dbdeeb4b15997b832f177c9b2d3975bc45b55e95/02.jpg" /&#62;

&#60;img width="1648" height="2060" width_o="1648" height_o="2060" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/67b1687fa73eaf68223ebd6e00fd15d1da8a3a1d929b0e6658e8a30a00a4172d/03.jpg" data-mid="180817183" border="0" alt="Ski-Doo, 2020. De la s&#38;eacute;rie &#38;laquo; &#38;Ecirc;tre dans ce qui s'en va / Autoportraits / &#38;Eacute;claireuses &#38;raquo;, impression jet d&#38;rsquo;encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. &#38;copy; Dominique Rivard" data-caption="Ski-Doo, 2020. De la série « Être dans ce qui s'en va / Autoportraits / Éclaireuses », impression jet d’encre sur papier, tirage de dix exemplaires, 20 po x 16 po. © Dominique Rivard" src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/67b1687fa73eaf68223ebd6e00fd15d1da8a3a1d929b0e6658e8a30a00a4172d/03.jpg" /&#62;














&#60;img width="5799" height="3867" width_o="5799" height_o="3867" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/25a7746cee41a06fc3f5a7e449298c49370376cbd0950008260be18548d3ceb3/04.jpg" data-mid="180817184" border="0" alt="Hivernage, 2020. Livre d'artiste, &#38;Eacute;ditions Brise-glace, 40 exemplaires, 16 pages. *Coup de c&#38;oelig;ur BAnQ 2021 &#38;ndash; D&#38;eacute;cern&#38;eacute; par le comit&#38;eacute; d&#38;rsquo;acquisition des livres d&#38;rsquo;artistes de Biblioth&#38;egrave;que et Archives nationales du Qu&#38;eacute;bec (BAnQ). &#38;copy; Dominique Rivard." data-caption="Hivernage, 2020. Livre d'artiste, Éditions Brise-glace, 40 exemplaires, 16 pages. *Coup de cœur BAnQ 2021 – Décerné par le comité d’acquisition des livres d’artistes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). © Dominique Rivard." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/25a7746cee41a06fc3f5a7e449298c49370376cbd0950008260be18548d3ceb3/04.jpg" /&#62;
&#60;img width="5799" height="3867" width_o="5799" height_o="3867" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/667406fabe2d4fbbe17742e8b184208bb4039e761b1f6d2e70027a3ba0a24f4c/05.jpg" data-mid="180817185" border="0" alt="Hivernage, 2020. Livre d'artiste, &#38;Eacute;ditions Brise-glace, 40 exemplaires, 16 pages. *Coup de c&#38;oelig;ur BAnQ 2021 &#38;ndash; D&#38;eacute;cern&#38;eacute; par le comit&#38;eacute; d&#38;rsquo;acquisition des livres d&#38;rsquo;artistes de Biblioth&#38;egrave;que et Archives nationales du Qu&#38;eacute;bec (BAnQ). &#38;copy; Dominique Rivard." data-caption="Hivernage, 2020. Livre d'artiste, Éditions Brise-glace, 40 exemplaires, 16 pages. *Coup de cœur BAnQ 2021 – Décerné par le comité d’acquisition des livres d’artistes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). © Dominique Rivard." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/667406fabe2d4fbbe17742e8b184208bb4039e761b1f6d2e70027a3ba0a24f4c/05.jpg" /&#62;

	
Traversées d’hiver. Une route longitudinale; l’errance au corps qui rapporte le lieu, le documente, prend son empreinte, traduit sa beauté. Expérience de l’altérité, se rendre au monde pour en saisir les plis et replis témoigne d’un engagement pour son inconstance. Partir saisons en bandoulière pour se faire saison à son tour : aller à la rencontre de l’autre, et de soi, est ce qui motive la pratique de documentation visuelle à laquelle se prête l’artiste Dominique Rivard, qui par fortes vagues se retrouve dans les paysages nord-côtiers, quoiqu’elle soit en perpétuel mouvement terrestre.

Une grande mobilité l’accompagne[i]. Comme le vent, l’artiste se nordit en prolongeant son corps dans l’espace froid. Par l’acte nomadique, Rivard parvient à créer du lien avec des lieux jusque-là insondés. Analogie avec la courtepointe d’un récit personnel s'il en est, son marcher au monde lui permet de renouer avec le caractère solitaire des lieux en friche. Gage de mouvement et de circularité – comme le vivant –, la saison vive au-delà du 50e parallèle l’intrigue, lui donne envie de l’habiter. Ainsi, sa transposition dans de nouveaux territoires, motivée par son être en fascination devant l’intemporalité de l’hiver, pousse l’artiste à déployer des mécanismes pour mieux appréhender la spatialité et, par ailleurs, l’ontologie propre au vivre humain. 

Faite en rivière, taillée net dans l’éphémère substance de l’eau, elle glisse, éclairée, d’entre les failles du rocher pour vous convaincre de la suprématie de l’imaginaire.[ii]

Aborder le sublime du déplacement – et la géopoétique d’un tel geste migratoire – permet à Rivard de (se) mettre en situation. « Le cœur solitaire est une exacte boussole »[iii] : les espaces vastes qu’elle arpente se manifestent par coïncidence dans ses pérégrinations, où une arrivée à l’orée d’environnements aux imaginaires forts dicte, métronome, ses arrêts nombreux qui accueillent un acte de documentation photographique performatif. La mouvance, l’impermanence deviennent les prismes d’où jaillissent les ramifications du territoire dans l’intime, un prolongement inextricable qui rapièce ce qui devrait d’emblée couler de source. À travers une narration sensible, le voyagement de l’artiste lui permet d’adopter une posture autofictionnelle où son corps diaphane laisse deviner le paysage qui se trouve derrière elle. L’itinéraire qu’elle suit – cartographie temporalisée d’un espace pourtant dépourvu de cet effet du temps contracté – conduit la force du lieu jusque dans les marques de son visage. L’autoportrait appelle l’ouverture du large : comme un vecteur de réappropriation du monde par le soi, le territoire-sujet portraituré se superpose à la photographe photographiée[iv] qu’incarne l’artiste. 

Le souffle de l’arrêt constitue pour elle une brèche. En se fixant sujet dans un monde froid où l’insonorité trahit l’absence humaine, Rivard révèle le lieu. Comme « les caribous traversent le silence pour souligner le blanc qui neige sur le froid »[v], la transfrontière entre le monde et l’imaginaire du Nord se soulève en tempêtes. L’artiste, de manière horizontale, trace l’espace de ses contours. Telle le paysage évolutif dans lequel elle se présente racine, l’image opère des renvois. En tissant son rapport particulier avec la saison et en en incarnant ses spécificités, Rivard exploite le regard du public afin de faire brillance sur les détails des lieux – spatiaux et intimes – qu’elle donne à voir. Se tenant là, activant le déclencheur la capturant, son exercice consiste à occuper tour à tour le rôle de metteuse en scène et d’actrice, détournant le voir et le vu. Ainsi laisse-t-elle une empreinte de ses passages, de ses dérives : déposées à même sa poésie visuelle, ses traces répondent à sa nécessité de « s’inventer illimitée, par l’image de sa propre représentation »[vi]. L’hivernie, magnifiée par la région de l’immense, trouve refuge chez Rivard.

j’ouvre mes ci[e]ls à ta neige; en[g]lace-moi entière[vii]

Articulatoires, ses photographies sont discours. À l’instar de ses périples, elles se négocient par aller-retours : les multiples jeux d’échelles qui s’imprègnent en elles activent leur construction et participent à la mise en lumière d’un indiscernable d’amplitude. L’œil gravite dans les recoins de l’image-récit. L’artiste, à la rencontre de ce regard, l’invite à traverser son corps pour se rendre jusqu’à l’ailleurs, et toucher cette tension du blanc immaculé qui ne sait se limiter. « Que croire d’un royaume qui, invisible, se définit à perpétuité? »[xiii] Par l’accumulation de leur imagerie, le réel et l’imaginaire appellent conjointement un nouvel espace symbolique. Comme projection, l’autoportrait devient une ligne transparente : le dispositif mis au travail révèle une possible présence et permet à Rivard de s’inscrire dans le pays[ix], elle-même repère dans le balayement des neiges. 

Saison silenciaire, l’hiver témoigne de l’alentissement[x] du monde. Découpées des villages, les plaines blanches accueillent le rythme d’une errance elle-même perpendiculaire à l’impératif du temps occidental. « Parcourir la route longue, suivre la rivière »[xi] devient un leitmotiv pour Rivard. Elle reproduit la glissité propre au tapis parcourant l’échine de la côte nordique. Sa pérégrination performative est un acte où se revendique l’éloignement : captées sans témoin, ses images sont des archives qui, elles, détiennent le potentiel subversif de la rencontre au milieu de l’immobile. Rivard, par sa présence au monde, révoque à l’hiver son degré d’absence dans l’écologie des saisons qui passent et fuient.
L’absence s’écarte, part vers tout ce qui réside dans les silences de l’aire protégée. […] Ailleurs, les glaces progressent. L’absence passe en secret des épreuves orageuses où les réticences se logent. […] Ainsi, l’absence demeure là dans les heures sauvages. Là, vivant suspendue pour l’abstrait d’un autre part.[xii]
Comme référent spatial et social, la saison froide demande d’appréhender les êtres qui y vivent à partir de la géographie de ses lieux septentrionaux. Réfléchir le Nord comme une réalité première[xiii] réfracte la tentation de le déduire. Son parcours permet d’en explorer les spécificités, tout en appelant l’idée du lieu[xiv] – il est un ensemble de signes dont la pratique de Rivard prend acte dès lors qu’elle tombe dans la production d’un tissu discursif. Dans la foulée, couplé de ses images-témoin, l’espace du livre se dédie à elle comme journal de bord. De sa marche au monde, une chose reste. L’appel du vaste opère une translation dans un lieu tangible; l’expérience vécue se déplie dans une publication qui lui surexiste. L’artiste, par son entremise, se raconte dans l’image où le mot se déplie. La cohabitation de ces derniers ressasse l’aspect documentaire des imaginaires convoqués – elle participe à une nouvelle nomenclature de l’hiver. 
 
Prendre le large acquiert ainsi toute sa signification dans la pratique de Dominique Rivard. Dans la succession de ses changements de lieux s’incarne l’idée de liberté mise à l’œuvre dans son mode de vie. Sa mouvance, ultime condition de sa pratique, est à la fois celle qui permet la mise en scène et celle à l’œuvre dans la scénographie du sujet photographié. Tel un chuchotement, « [l]e clair de ton regard cogne sa saison »[xv]. De ses rencontres avec le réel à ses renvois dans l’imaginaire, l’artiste travaille le perceptible dans un geste de réappropriation intime. Elle le dessine comme un monde à construire. Le froid gagne du terrain et la tempête approche. Dans l’ici-présent, elle devient le lieu pour se blottir contre les secousses.


[i] RIVARD, Dominique. (2020). « Un grand froid l’accompagne », Cigale, no. 2, p. 70.
[ii] RIVARD, Dominique. (2020). op.cit., p. 74-75.

[iii] GLADU-DROUIN, Camille. (2017). « Lancement du Carnet des tempêtes de Dominique Rivard », Baron mag, [en ligne], [https://baronmag.com/2017/12/carnet-de-tempetes-omri/].
[iv] LA FABRIQUE CULTURELLE. (2017). « Dominique Rivard : autoportrait dans la nature », La Fabrique culturelle, vidéo, 6 min. 56 sec., [en ligne], [https://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/9525/dominique-rivard-autoportrait-dans-la-nature].

[v] PERRAULT, Pierre. (1971). « À bout de patience. En désespoir de cause. Poèmes de circonstances atténuantes », Paroles, Montréal, Parti pris, p. 9.

[vi] RIVARD, Dominique. (2020). op. cit., p. 72.

[vii] RIVARD, Dominique. (2020). « Hivernage », Éditions Brise-glace, p. 9.
[viii] RIVARD, Dominique. (2018). « l’absence », Autopublication, p. 2.
[ix] CHARTIER, Danier. (2013). « L’hiver sous les couvertures », Continuité, no. 135, p. 28.
[x] LASNIER, Rita dans : CHARTIER, Danier. (2019). « Penser l’hiver », Relations, no. 805, p. 19. 
[xi] BONJOUR LA CÔTE. (2018). « Projet artistique L’île aux signes de Dominique Rivard », Bonjour la Côte, entrevue, 7 min. 08 sec., [en ligne], [https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/bonjour-la-cote/segments/entrevue/60972/ dominique-rivard-projet-ile-aux-signes-anticosti-cote-nord].
[xii] RIVARD, Dominique. (2018). op. cit., p. 2.

[xiii] HAMELIN, Louis-Edmond. (1995). « Le québécisme nordicité : de la néologie à la lexicalisation », Traduction, Terminologie, Rédaction, vol. 8, no. 2, p. 53. 
[xiv] CHARTIER, Daniel, Marie PARENT et Stéphanie VALLIÈRES. (2013). « L'idée du lieu », Cahier Figura. Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire, vol. 34, p. 17.
[xv] RIVARD, Dominique. 2018. op. cit., p. 2.

</description>
		
	</item>
		
		
	<item>
		<title>○</title>
				
		<link>https://galadrielavon.com/29718568</link>

		<pubDate>Tue, 17 Jan 2023 05:27:22 +0000</pubDate>

		<dc:creator>Galadriel Avon</dc:creator>

		<guid isPermaLink="true">https://galadrielavon.com/29718568</guid>

		<description>&#60;img width="1024" height="683" width_o="1024" height_o="683" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/cb302a47024ac8f26107977299c4c05e594967e55b0e72ce485b04ebfc9fb64c/6.-Galadriel-Avon.-Image-11..jpg" data-mid="169236963" border="0" data-scale="60" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, D&#38;eacute;tail de l&#38;rsquo;activation au cours de l&#38;rsquo;exposition: &#38;laquo; L&#38;rsquo;algue flotte dans une rivi&#38;egrave;re, amen&#38;eacute;e par le d&#38;eacute;but de l&#38;rsquo;eau, elle s&#38;rsquo;agrippe &#38;agrave; la pierre, elle y reste longtemps &#38;raquo;, 2019. Mat&#38;eacute;riaux trouv&#38;eacute;s. &#38;copy; Manoushka Larouche." data-caption="Maude Arès, Détail de l’activation au cours de l’exposition: « L’algue flotte dans une rivière, amenée par le début de l’eau, elle s’agrippe à la pierre, elle y reste longtemps », 2019. Matériaux trouvés. © Manoushka Larouche." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/cb302a47024ac8f26107977299c4c05e594967e55b0e72ce485b04ebfc9fb64c/6.-Galadriel-Avon.-Image-11..jpg" /&#62;
	
	et ce geste qui trouve, qui attrape, qui construit...
Ex_situ &#124; 2021
&#38;gt; No. 27, Décompositions, p. 40-47.


















&#60;img width="1024" height="683" width_o="1024" height_o="683" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/5c9cc1057e85cac06dda3a9cd6cf4d243de39379ddbd264ddc5709ac615f2bf1/6.-Galadriel-Avon.-Image-14..jpg" data-mid="169236964" border="0" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, D&#38;eacute;tail de l&#38;rsquo;exposition: &#38;laquo; L&#38;rsquo;algue flotte dans une rivi&#38;egrave;re, amen&#38;eacute;e par le d&#38;eacute;but de l&#38;rsquo;eau, elle s&#38;rsquo;agrippe &#38;agrave; la pierre, elle y reste longtemps &#38;raquo;, 2019. Mat&#38;eacute;riaux trouv&#38;eacute;s. &#38;copy; Manoushka Larouche." data-caption="Maude Arès, Détail de l’exposition: « L’algue flotte dans une rivière, amenée par le début de l’eau, elle s’agrippe à la pierre, elle y reste longtemps », 2019. Matériaux trouvés. © Manoushka Larouche." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/5c9cc1057e85cac06dda3a9cd6cf4d243de39379ddbd264ddc5709ac615f2bf1/6.-Galadriel-Avon.-Image-14..jpg" /&#62;






















&#60;img width="2880" height="1620" width_o="2880" height_o="1620" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/d96048d80a1576ee2efddd5a4d926322e43aa5d374cf87d0933a64f667f9e1aa/6.-Galadriel-Avon.-Image-03..JPG" data-mid="169237102" border="0" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, D&#38;eacute;tail de l&#38;rsquo;exposition: &#38;laquo; Les moyens d&#38;eacute;licats et pr&#38;eacute;caires de lier des objets &#38;raquo;, 2017. Mat&#38;eacute;riaux trouv&#38;eacute;s. &#38;copy; Maude Ar&#38;egrave;s." data-caption="Maude Arès, Détail de l’exposition: « Les moyens délicats et précaires de lier des objets », 2017. Matériaux trouvés. © Maude Arès." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/d96048d80a1576ee2efddd5a4d926322e43aa5d374cf87d0933a64f667f9e1aa/6.-Galadriel-Avon.-Image-03..JPG" /&#62;
&#60;img width="3098" height="2066" width_o="3098" height_o="2066" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/9f06fb3be177142bf5686809edcd5dea314bfb94194b0d14f7a23f1cd888d49b/6.-Galadriel-Avon.-Image-10..jpg" data-mid="169237103" border="0" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, Vue partielle de l&#38;rsquo;exposition: &#38;laquo; Ne pas oublier de d&#38;eacute;poser un cil &#38;raquo;, 2018. &#38;copy; Maude Ar&#38;egrave;s." data-caption="Maude Arès, Vue partielle de l’exposition: « Ne pas oublier de déposer un cil », 2018. © Maude Arès." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/9f06fb3be177142bf5686809edcd5dea314bfb94194b0d14f7a23f1cd888d49b/6.-Galadriel-Avon.-Image-10..jpg" /&#62;





























&#60;img width="2880" height="1604" width_o="2880" height_o="1604" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/534ebacf58192bdf19051b8b6f7b737523a190d91506934c7c2a5a150aba4276/6.-Galadriel-Avon.-Image-01..png" data-mid="169237100" border="0" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, Saisie de la vid&#38;eacute;o: &#38;laquo; Exploration entre mains et outils-myst&#38;egrave;res &#38;raquo;, 2016. En collaboration avec Alexandre B&#38;eacute;rub&#38;eacute;. &#38;copy; Maude Ar&#38;egrave;s." data-caption="Maude Arès, Saisie de la vidéo: « Exploration entre mains et outils-mystères », 2016. En collaboration avec Alexandre Bérubé. © Maude Arès." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/534ebacf58192bdf19051b8b6f7b737523a190d91506934c7c2a5a150aba4276/6.-Galadriel-Avon.-Image-01..png" /&#62;

	
La matière se meut et s’agite; elle respire, puis s’altère ou devient autre. Au bout de chacune des lignes tracées sur les sols du monde, qu’ils soient asphaltés ou terreux, un caillou, une plume, des brindilles revendiquent une existence particulière. Avant de se rapporter à autre chose, ils sont, simplement. Et puis des pistes se dessinent à leurs côtés: l’empreinte d’un monde humain qui bouillonne, en parallèle de ces petits objets qui sollicitent qu’un regard se posent sur eux, pour mieux pouvoir jaillir. En marge du monde, tous ces corps sont, avant d’être constitutifs de choses plus grandes qu’eux, des sujets à part entière. Intrinsèquement, le réel demande d’émerger; d’être trouvé et dévoilé.

C’est par ses déambulations nombreuses que Maude Arès cultive l’immanence du monde, en y actualisant sa présence et en rendant à ce qu’elle croise le degré de réalité qui lui revient. En effet, les chemins qu’elle emprunte sont parsemés de rencontres fortuites : un objet, une matière, un débris, un corps l’affleurent. Alors, ils deviennent sujets, réclament leur agentivité, racontent leurs histoires. Cette intimité que l’artiste entretient avec la matière constitue une brèche dans la banalité du quotidien. Une ouverture, une écoute, une attention sont jetées sur ce qui, autrement, se déroberait au regard[i]. S’ils suscitent d’emblée l’intérêt, la curiosité et la surprise chez elle, ces petits objets ont le pouvoir de constituer une passerelle entre le monde réel et le monde imaginaire. Ils ont également le don de toucher, d’émouvoir, de provoquer une émotion chez le·la marcheur·euse. Par cette connexion, la contemplation laisse place à l’action. Un dos se courbe, des genoux se plient, une main plonge. Et ce geste qui trouve, attrape.

La craie bleue que je prends dans ma main marque mon corps, comme un fossile dans la terre. Quelques instants plus tard, je ne tiens plus la craie, mais détiens une mémoire, une empreinte de son passage.[ii]

Le prélèvement joue un rôle fondamental dans la pratique d’Arès. Par le biais de cette collecte minutieuse d’objets banaux mais porteurs, elle dévoile des microcosmes oubliés. Elle sonde un espace où règne le non-construit, puissant d’imaginaire et brûlant d’existence. Dressé sous nos yeux, il faut arrêter notre course pour l’appréhender, sans quoi il reste réduit à l’invisibilité[iii]. Le temps acquiert alors une fonction impérative dans son travail, puisqu’il laisse libre cours à une observation qui révèle toutes les subtilités du monde tangible. De cette façon, Arès sacralise l’attention: elle lui octroie le rôle de moteur dans ses relations à l’autre, que cet autre soit inerte ou vivant.

Si étrange que cela puisse paraître, dans ce monde positif, actif, bruyant qui est le nôtre, où toutes ces choses sont fonctionnelles, rationalisées, immédiatement utiles, il règne une angoisse inexprimée mais permanente qui ne trouve de soulagement que dans la rêverie. C’est en regardant le réel de très près, en nous égarant en lui, en nous perdant dans les dédales du concret que nous trouvons un répit au malheur de la lucidité. […] Nous avons appris à voir.[iv]

Les démarches de repérage et de prélèvement mises de l’avant par Maude Arès donnent aux sensibilités humaines une nouvelle portée. Tous ces objets cueillis au ras du sol sont méticuleusement consignés, tels qu’ils ont été aperçus par l’artiste. Dans de petits boîtiers identifiés, une branche de cèdre côtoie un amas de sable, une roche tranchante fréquente un champignon à la constitution particulière. Une coccinelle siège. L’ensemble attend le moment de sa sortie en public, où chacune de ses composantes se performera sous les gestes discrets de Maude Arès – ces gestes qui construisent, mais qui laissent aussi les choses se construire. 
Au fil de sa rencontre avec les différents matériaux collectés, certains sont habilités : ils mutent, devenant des outils-mystères. Ceux-ci constitueront les prolongements du corps de l’artiste lors de ses interventions performatives. S’évertuant à manipuler les matériaux récoltés à l’aide de ces excroissances, le rapport physique qu’Arès entretient avec les objets sélectionnés est inédit : elle a un impact sur le monde matériel sans pour autant pouvoir le contrôler de manière directe[v]. Dans Explorations entre mains et outils-mystères (Maude Arès, 2016), par exemple, un bâtonnet de bois accueille un raboutage de pâte à modeler, lequel enrobe une corde plus ou moins rigide au bout de laquelle est fixée une aiguille. Bougeant à peine l’outil, Maude Arès lui permet d’acquérir ses possibilités. L’aiguille se tord sur elle-même, son tournoiement incontrôlable, peinant à piquer la main vers laquelle elle tangue. Son geste improbable et précaire révèle une fascination à la fois physique et philosophique qu’a l’artiste : la portée du risque, de la coïncidence et du hasard dans l’occurrence d’évènements engendrés par la matière elle-même[vi]. Cet intérêt guide la pratique d’Arès, qui adopte une posture d’écoute, d’accueil et de disponibilité à l’égard de toutes ces petites choses en lesquelles elle a d’abord cru. Elle les écoute parler.
Le fait que j’accorde autant d’attention à des choses aussi petites, aussi anodines, crée sans doute un contexte favorable pour ces jeux de projections imaginaires. Dans l’idée de « performer l’objet », il y a ce double mouvement : éprouver ce que peuvent faire – et nous faire – ces fragments d’objet, ce qui sort d’eux et nous atteint, et simultanément, ce qui vient de nous et qu’on projette sur la matière.[vii]

Disposant les matériaux issus de ses boîtiers sur de longues et larges surfaces, elle prend le pouls des éléments dispersés. Elle analyse les probabilités de leurs mouvements, les circonstances estimées de leurs rencontres à venir. Elle donne enfin le coup d’envoi par une action tantôt hasardeuse, tantôt calculée, qui agira comme élan pour que ces objets se répondent entre eux. 
Les matériaux qui s’additionnent provoquent des séries d’évènements singuliers, aléatoires et imprévisibles : les trajectoires qu’ils parcourent sont jalonnées d’entrechoquements qui redéfinissent le passage qu’ils se fraieront dans leur suite du monde. Leur mise en jeu dans l’arène qu’Arès met en branle donne à ces objets le pouvoir de former un nouvel écosystème, tout en convoquant le souvenir des environnements qu’ils ont habités en premier lieu. Ces dialogues, façonnés par les histoires inscrites en eux et par celles qu’ils arrivent à raconter collectivement, sont signes d’une construction sensible entre l’être et le devenir; entre l’être-soi et le devenir-ensemble.
Chacun des éléments d’un parcours laisse une trace, une mémoire sur le corps des éléments rencontrés; parfois visible, parfois invisible.[viii]Par sa pratique, Maude Arès nous convie à une lecture oblique et transversale du monde. À travers ses gestes, elle explore la charge et la mémoire des matériaux, revitalisant l’imaginaire par les tensions dramatiques qui surgissent de leurs interactions. Le temps fait les choses. Un accident, puis un autre, surviennent. Des quelques mouvements qu’elle impose aux objets, en agitant du bout des doigts ses outils-mystères, Maude Arès devient la scénographe de tous ces destins croisés. Ses activations tracent les contours d’un univers à venir où une attention nouvelle, à l’écart de la vitesse, donne à l’individu la possibilité de s’immerger dans chaque détail des matières côtoyées au quotidien. La délicatesse et la finesse avec lesquelles Arès aborde les matériaux donnent à son travail une esthétique relationnelle qui réhabilite le non-construit comme composante authentique et essentielle de nos vies. Elle se soustrait à la sujétion habituelle qui a cours entre l’humain et le non-humain, et au rapport productiviste qui cherche à poser une finalité à chaque geste, chaque action; chaque objet aussi. Ces rapports ainsi revisités témoignent de l’élasticité des concepts imbriqués dans nos cosmologies sociales, politiques et idéologiques. Par sa lenteur, le travail de Maude Arès offre une poésie qui se laisse percevoir par les sens. Et de nouveaux possibles naissent.


[i] LANDRY, Mylène. (2020). « L’essence relationnelle des formes vivantes », ce qui du monde se prélève permet à l’œil de s’ouvrir, Galerie de l’UQÀM, Montréal, p. 18. 
[ii]&#38;nbsp;ARÈS, Maude. (2020). « Le temps est long comme un cheveu, comme la pelure d’une orange ou comme celui qu’il faut pour maintenir un équilibre. », Cigale, no. 2, p. 44.
[iii]&#38;nbsp;RICHARD, Jean-Pierre. (1955). « Poésie et profondeur », Éditions du Seuil, France, p. 10.
[iv]&#38;nbsp;ONIMUS, Jean. (1962). « Face au monde actuel », Éditions Desclée de Brouwer, Belgique, p. 10.
[v]&#38;nbsp;MORIN, Julie-Michèle. (2019). « Maude Arès, L’algue flotte dans une rivière, amenée par le débit de l’eau, elle s’agrippe à la pierre, elle y reste pour longtemps, OFFTA, Galerie de l’UQÀM, Montréal; Boris Dumesnil-Poulin, Le nuage de l’inconnaissance/The Cloud of Unknowing, OFFTA, Monument National, Montréal; Jaha Koo, Cukoo, FTA, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal », esse arts+opinions, no. 97, p. 109.
[vi]&#38;nbsp;ARÈS, Maude et Julie SERMON. (2019). « De la délicatesse et de la ténacité. La poétique matérielle et attentionnelle de Maude Arès », Agôn, vol. 8, p. 4.
[vii]&#38;nbsp;ARÈS, Maude et Julie SERMON. op. cit., p. 9.

[viii]&#38;nbsp;ARÈS, Maude. (2020). « Le temps est long comme un cheveu, comme la pelure d’une orange ou comme celui qu’il faut pour maintenir un équilibre. », Cigale, no. 2, p. 44.

&#60;img width="2874" height="1622" width_o="2874" height_o="1622" data-src="https://freight.cargo.site/t/original/i/77da15d221ee9920b479d88d780ba1dd5056663a6593f5ed66db6d1269b99d97/6.-Galadriel-Avon.-Image-02.-.png" data-mid="169237101" border="0" alt="Maude Ar&#38;egrave;s, Saisie de la vid&#38;eacute;o: &#38;laquo; Extrait du Tournage d&#38;eacute;butant avec la poudre d&#38;rsquo;une craie bleue &#38;raquo;, 2018. En collaboration avec Samuel Trudelle-Gendron et Thomas Germanaud. &#38;copy; Maude Ar&#38;egrave;s." data-caption="Maude Arès, Saisie de la vidéo: « Extrait du Tournage débutant avec la poudre d’une craie bleue », 2018. En collaboration avec Samuel Trudelle-Gendron et Thomas Germanaud. © Maude Arès." src="https://freight.cargo.site/w/1000/i/77da15d221ee9920b479d88d780ba1dd5056663a6593f5ed66db6d1269b99d97/6.-Galadriel-Avon.-Image-02.-.png" /&#62;</description>
		
	</item>
		
	</channel>
</rss>